Script TRAQUES TC début : 00.00.00.00 Teaser... 00 08 05 Ici, la plus redoutable des armes, c'est cet ordinateur. 00 17 04 Cyber activiste : Pour le pouvoir, l'homme avec une caméra est plus dangereux que celui qui tire avec un fusil. 00 25 00 Mais un ordinateur ou un téléphone portable peuvent aussi se transformer en piège mortel pour celui qui les emploie? 00 33 15 Ali : Avec ta carte sim, là, ils peuvent localiser ton téléphone et s'ils nous découvrent, ils nous attaqueront. 00 42 10 Julian Assange : Qui a un Iphone ici ? qui a un blackberry, eh bien vous êtes foutus !? 00 54 00 Les dispositifs d'espionnage numériques sont aussi invasifs qu'invisibles. 01 01 06 Des entreprises occidentales les ont vendus aux pires dictatures de la planète. 01 07 17 Alhabib  : Ces entreprises nous ont livrés à Kadhafi. 01 13 11 ZT: Non, je ne savais pas que ce n'était pas une démocratie? 01 17 23 - PM : Vous avez passé un pacte avec le diable? 01 20 07 - BS : C'est pas moi qui l'ai passé. - Claude Guéant : Le ministère de l'intérieur n'a rien à voir avec ce deal? Titre : Traqués? Synthé : Salon Milipol, octobre 2011 01 47 16 Dans un salon de marchands d'armes, on trouve des vendeurs avenants qui proposent toute sorte d'outils, pour provoquer des fractures ouvertes ou des hémorragies massives. Du plus sophistiqué - batte de base ball au plus basique. 02 17 03 Il existe un tout nouveau secteur. Discret. Pas des gros bras. Des gens en costume aux manières de scientifiques. Eux se cachent, fuient la lumière et les caméras? 02 35 00 Vendeuse 1 : Non, on ne donne pas d'itw, on n'est pas très approchés, vous savez PAUL EN ANGLAIS : Vos produits sont secrets ? 02 46 14 Vendeur 2 : Oui, c'est ça. 02 48 05 Vendeur 3 : Ne filmez pas? 02 56 14 Pourquoi tant de mystère ? Ils ne vendent pas d'armes chimiques. Ni de virus mortels... Juste des programmes informatiques sensés équiper les cyber policiers contre le cyber crime. 03 13 00 Puisqu'ils ne veulent pas nous parler, nous avons demandé à un de leurs pires ennemis de nous expliquer ce qui se passe ici. Kheops est hacker. Un de ces informaticiens rebelles qu'ils présentent comme des pirates. Kheops a accepté de nous suivre en territoire ennemi. Et il n'est pas très rassuré. 03 35 20 Kheops : c'est assez intimidant de voir un salon avec autant d'armes. Ca laisse un peu sans voix à la première impression. 03 50 04 Sur les panneaux publicitaires, le langage est incompréhensible pour le commun des mortels. Que signifie exactement : capturer un flux IP à 10 Giga BPS ?? Kheops, lui, sait déchiffrer les hiéroglyphes? 04 05 23 Kheops : Ils mettent en avant qu'ils sont capables de capturer des flux IP qui sont très rapides. Ils ne mettent pas le mot population dedans, ils mettent juste... c'est des termes techniques. Voilà... Mais implicitement, qui peut être capable d'émettre autant de flux de données ? C'est quand y'a tout un pays derrière. 04 26 06 PM : Le passage à l'échelle, c'est passer de l'échelle de une personne qu'on surveille à tout un pays ? 04 31 21 Kheops : C'est ça. Ca va être quelque chose qui va être installé sur ton téléphone ou ton ordinateur, sans que tu le saches et qui te surveille. 04 37 10 PM : Une espèce d'espion invisible ? 04 39 14 Kheops : C'est ça. Un logiciel espion qui est installé sur ton système. 04 44 21 Des pays entiers sous surveillance ?... Peut être que notre ami le hacker exagère un peu ? 04 51 17 En fait, un marchand de logiciels espions sud africain confirme les prouesses de ses machines. 04 59 12 Mr Vastech : Cette technologie est capable d'intercepter toutes les communications. Mais il faut que cela soit fait dans un cadre légal très précis. Vous pouvez constater que c'est très dangereux, comme toutes les armes. Ce n'est pas une arme offensive mais c'est tout de même une arme. On a aussi une obligation morale, de ne pas l'utiliser contre des pays qui l'utiliserait contre leur propre population. 05 28 00 De ces entreprises, aucune n'acceptera de nous montrer comment marchent ces fameux logiciels. Nous réussissons à nous procurer une vidéo interne de démonstration. Un film en images de synthèse qui vante les propriétés du système Fin Fisher. L'entreprise a un joli logo : un aileron de requin. 05 51 00 Le petit bonhomme en bleu, c'est un policier. Et vous n'avez plus aucun secret pour lui. Il a capturé votre téléphone. Il sait où vous êtes. Vous ne le voyez pas mais depuis son centre de contrôle, il lit vos mails et il regarde tout ce que vous faites sur internet. Sans le savoir, vous surfez au milieu des requins? PAUL EN ANGLAIS : Vous pourriez vendre à la Libye de Kadhafi ? 06 20 14 Vastech : Je ne peux pas le dire. Même si vous me demandez si je l'ai vendu à la France, je ne vous le dirai pas. Pour de très bonnes raisons. 06 34 07Le vendeur n'aime pas la question. Pour de très bonnes raisons? Les sud africains de Vastech sont précisément suspectés d'avoir vendu leurs produits à Kadhafi. Et ils ne sont pas les seuls? LYBIE 06 58 05 Tripoli, 2012. 07 01 15 Le colonel Kadhafi a cessé d'exister. Sa dictature aussi. 07 07 00 Plusieurs mois de soulèvement révolutionnaire et l'intervention militaire décisive de la France et des Etats Unis ont eu raison de son régime. 07 16 20 Le palais du dictateur a été anéanti. Réduit à l'état de ruine. Tous les symboles de son pouvoir pulvérisés par des bombes téléguidées. 07 29 21 Voici ce qui reste du ministère de l'intérieur. 07 35 10 Longtemps, les libyens sont passés devant ce bâtiment en pressant le pas et en détournant la tête. Au bout d'une rampe, une porte d'acier mène à un blockhaus autrefois secret. 07 48 08 Et à une étrange promenade dans le pays paranoïaque qu'avait inventé le colonel Kadhafi. 08 01 01 PAUL EN ANGLAIS Il reste des documents ici ? C'est quoi ça ? 08 08 15 Libyen Jeune :C'est pour le football. 08 10 13 PAUL : Le Football ?! 08 11 03 Libyen jeune : Ils parlent d'un match. 08 13 06 Libyen Barbu : Là, c'est écrit : très important, secret et urgent. 08 16 14 PAUL : Pourquoi seraient ils effrayés par un match de football ? 08 20 13 Libyen Jeune : Parce que beaucoup de gens se déplacent au stade. Des milliers. Et ils veulent les contrôler, tous ces gens. 08 30 15 PAUL : Une foule?Ils avaient peur que les gens manifestent contre le gouvernement. 08 40 10 Le centre d'écoutes téléphoniques a échappé aux bombes. Ici on enregistrait en permanence la vie des autres pour s'assurer qu'ils ne pensent pas à mal. Le matériel a été fourni par des entreprises occidentales. Kadhafi était un très bon client. Sur une étagère, il reste quelques dossiers de propositions commerciales. 09 05 03 Des micros cachés. 09 13 16 Un dispositif d'écoutes téléphoniques proposé par Philips. 09 19 05 La date : 1990. Au moment le plus sanglant de la dictature libyenne. on voit les documents Philips. 09 32 00 Dans ces casiers désormais vides étaient rangées des centaines de milliers de fiches. Des centaines de milliers de vies, classées par ordre alphabétique. Un dispositif rustique mais efficace. 09 44 24 Les libyens émergent d'un long cauchemar policier. 09 51 11 Libyen Barbu : On n'oublie pas le rôle de la France représentée par le président Nicolas Sarkozy qui nous a vraiment aidés? C'était à tel point qu'on avait peur de rêver dans notre sommeil, peur qu'ils aient trouvé un moyen de nous écouter pendant nos rêves? 10 07 15 Les Libyens l'ignorent mais avant de soutenir leur révolution, la France de Sarkozy avait aidé leur dictateur à épier leurs moindres gestes. Mais personne n'aurait jamais dû le savoir? 10 24 08 L'histoire commence dans le chaos de la chute de Tripoli. Les hommes de Kadhafi ont abandonné leurs positions. La ville est ouverte. Une journaliste de la BBC en profite pour se faufiler dans un bâtiment des services secrets. 10 38 05 L'endroit est bien connu des libyens. Ils l'appellent avec frayeur le centre d'Abdallah Senoussi. L'espion numéro un était l'homme le plus dangereux du pays, juste après le colonel Kadhafi. 10 51 24 Le bâtiment est plongé dans l'obscurité mais à la lumière de sa torche, la journaliste découvre des affiches en anglais incitant les occupants des lieux à ne surtout rien révéler de leur activité. 11 04 21 Et une description précise des activités du centre : espionnage d'internet et localisation des téléphones portables. Sur les affiches, il y a un logo. Celui d'une entreprise française : Amesys. 11 26 16 Amesys a fusionné avec Bull pour devenir un géant de la guerre électronique lié à l'industrie de la défense française. 11 36 20 Bull Amesys vise le marché mondial. Vendre partout où des hommes de pouvoir sont disposés à investir de l'argent dans des gros gadgets sécuritaires. 11 48 00 Bruno Samtmann : Dans les systèmes de brouillage, voilà notre outil technologique le plus avancé à la date d'aujourd'hui chez Amesys. 11 56 16 A la police politique de Kadhafi, Amesys a vendu un système qui permet de lire les mails et d'espionner les portables. Le programme d'interception a un nom à faire rêver tous les flics du monde : Eagle ? Aigle 12 19 20 Bruno Samtmann : C'est légal. C'est à dire y'a des bonnes relations diplomatiques avec ce pays là, bah oui je commerce avec ce pays là? 12 29 00 La révolution libyenne a commencé dans ce cyber café. Ici, à Benghazi, se réunissaient les insurgés d'internet. Autour d'une ligne à haut débit. Des intellectuels, des journalistes, des blogueurs. 12 45 15 Dans un bureau du nouveau gouvernement libyen, nous avons retrouvé l'un d'entre eux. Alhabib a été emprisonné par Kadhafi. Aujourd'hui, il est secrétaire d'état à la culture pour la ville de Benghazi. Il exerce ses fonctions en gardant l'?il sur sa page facebook. Alhabib Al Amin, secrétaire d'état à la culture : 13 06 09 C'était notre seul moyen d'échapper à la propagande du régime, de savoir ce qui se passait. Quand les libyens voyaient les choses sur internet, elles étaient validées... L'internet est devenu la seule source d'infos et de vérité pour le peuple. 13 24 00 Le régime de Kadhafi est obligé de tolérer internet. Mais il sait qu'il doit mettre le réseau sous surveillance. 13 31 10 En 2008, débarque à Tripoli une équipe de techniciens français. Ils viennent installer le programme Eagle d'Amesys. Dans la plus grande discrétion. Ces experts sont très difficiles à rencontrer. Ils obéissent à une stricte loi du silence. Certains sont liés au ministère de la défense. 13 56 20 PM : Je vous appelais pour avoir un peu votre impression, votre souvenir sur cet épisode. - J'ai absolument rien à dire là dessus. (?) liés par une confidence absolu avec Amesys. 14 15 20 Après de multiples échecs, nous parvenons à rencontrer un informaticien qui a passé plusieurs mois à Tripoli pour le compte d'Amesys. 14 25 16 En nous parlant, il risque gros. Nous devons protéger son identité. 14 32 17 Son premier geste : faire sauter la batterie et la carte sim de son téléphone. Il est bien payé pour savoir que son téléphone peut être écouté à distance, même lorsqu'il est éteint. 14 44 00 De son séjour en Libye, il garde le sentiment d'une opération pilotée par l'état français. 14 54 00 Anonyme : On nous amenait, on nous ramenait et voilà, et on avait pas nos passeports donc le moins on posait de questions et le mieux c'était. 15 00 03 PM : il y avait une atmosphère de secret autours de cette opération? 15 03 10 - ah oui oui bien sûr. En fait, c'est des opérations typiques qui sont plus ou moins commandées par les services extérieurs français. 15 10 19 - PM: les services secrets? 15 11 14 A : Oui en collaboration avec les services locaux. Et l'industriel qui vient faire l'opération lui il apporte la technologie mais derrière il y a un gros encadrement par les services extérieurs? 15 24 20 - PM: Qu'est ce que ça permettait de faire le système d'Amésys, exactement techniquement? Enfin pas techniquement, mais concrètement? 15 30 08 - A: Concrètement, vous interceptez tout ce qui rentre et qui sort du pays. Ils étaient assez inquiet de ce qui se passait dans les universités. Eux, ils avaient la culture du secret, vraiment très développé. Et ils avaient envie qu'on les aide dans leur démarche, tout en souhaitant qu'on n'en sache pas trop. 15 48 10 Donc, quand on a déployé le système, ils ont voulu nous faire configurer le système pour qu'il réponde à leurs besoins, mais tout en restant à couvert, ils ont dit : « comment est-ce qu'on peut, par exemple, on veut cibler une université » donc bon, ça on a comprit qu'il voulaient cibler des universités, et reconnaître des mots clés dans les flux. 16 12 20 Les universités sont un centre de la contestation. A Benghazi, notamment, un réseau d'activistes mène campagne. 16 27 14 Jalal travaillait à l'université de Benghazi. C'était l'un des blogueurs les plus influents. 16 36 00 Il a été arrêté alors que la révolution prenait son élan. 16 40 09 Il a été détenu dans ce centre d'interrogatoire. Il n'avait jamais pensé en sortir vivant. Synthé : Jalal Al Kwasi, blogueur - 16 49 07 Jalal : J'avais les yeux bandés, j'avais les mains attachées très serrées, dès que je bougeais un peu, j'avais très mal. j'ai pris des coups de pieds, des coups de barre de fer. 17 06 10 PAUL EN ANGLAIS : Qu'est ce qu'ils voulaient savoir ? 17 10 14 Jalal : Ils me demandaient : où sont les tracts ? Où tu les as cachés ? Moi je niais : j'ai dit non, y'a pas de tracts. Mais après j'ai découvert le dossier complet, entre leurs mains. Ils avaient tout, nos échanges, tout? 17 27 22 Ils m'ont enlevé la cagoule, ils m'ont mis contre le mur et ils m'ont tendu le dossier. Et là, quand j'ai ouvert, j'ai trouvé ma dernière conversation internet avec Amin, où on parlait de tracts. 17 48 11C'était fini, je ne pouvais plus nier. Ils m'ont regardé lire le dossier et ils m'ont dit : Tu réalises ce qu'on a sur toi maintenant ?... J'ai dit : « oui, je vois? » 18 06 00 PM : On a rencontré des blogueurs lybiens, des opposants, qui ont été arrêtés. Des gens qui ont été battus, torturés... un peu grâce à votre technologie. 18 17 04 Bruno Samtmann : C'est le détournement du produit? 18 21 09 PM : Ils ont fait ce qu'ils devaient faire avec. 18 24 05 BS : Ecoutez, moi quand je vends le produit, je m'inscris dans cette démarche commerciale, pour aider à l'époque l'Etat lybien, à lutter contre Al Qaeda. 18 35 05 PM : Et quand vous vous apercevez que c'est pas exactement ce qui a été fait, vous en pensez quoi ? 18 39 00 BS : Monsieur Moreira, quelles sont les actions que je pourrais avoir puisque je n'opère pas le produit. Je ne suis pas derrière les écrans. Je ne construits pas les requêtes. Je suis, je suis... Malheureusement, je subis. 18 57 16 PM: et quelle était l'ambiance dans votre souvenir qui régnait dans le centre d'écoute quand vous formiez les libyens? 19 01 08 A: Une grande excitation. Ils étaient comme des enfants. Pour eux c'était vraiment un immense saut en avant. L'exécutif avait mis beaucoup d'argent sur le tapis pour acquérir ce truc là et eux ils étaient comme des enfants. C'était Noël, ils étaient comme des enfants vraiment, sincèrement. 19 26 21 Jalal : Le premier jour je suis resté ici, là où tu vois la tâche. C'était exactement comme ça, il y avait rien dans la cellule. Il faisait froid et il pleuvait comme aujourd'hui, pas de lumière. J'étais gelé, c'était l'hiver, février. 19 52 05 PM: et vous savez si le système que vous avez mis en place en Libye, il a servi à faire arrêter des gens? 19 57 07 A: On a aucun retour là-dessus. Je l'imagine. Si ils ont réussi à s'en servir comme on leur a montré, j'imagine, oui. C'est pas possible autrement. Il faut vraiment être mauvais pour ne pas avoir de succès avec ce genre de système. 20 10 23 Jalal : Regarde j'ai écrit ça : mon nom, Jalal et celui de mon fils. Et mouvement pour la justice 17 février. J'ai écrit ça parce que je connaissais mon destin, la mort. 20 34 15 Parmi les bloggeurs que nous avons rencontrés aucun n'est membre d'Al Qaeda. Ataf Al Atrash, un jeune journaliste d'opposition, a été détenu pendant plusieurs mois. Ataf Al Atrash, blogueur et journaliste : 20 48 10 - Moi, j'ai eu droit à un traitement de faveur, ils m'ont fait écouter la voix de mon fils qu'ils avaient enregistrée lors d'un appel avec Al Jazeera. Mon fils criait alors dans le fond. Ils ont isolé sa voix, enregistrée, et ils me l'ont passé en boucle. Ça faisait trois mois que j'étais en prison, ça m'a démoli. Homme du parking 21 22 08 Bon d'un point de vue éthique on a tous plus ou moins laissé ça de côté, c'est évident. 21 27 21 PM: Vous n'y pensiez pas... 21 29 04 A: Non on y pensait pas. 21 30 05 PM: parce qu'avec le recul on se dit « on a pas fait un truc dont on est très fier » 21 34 00 A: Oui voilà. Clairement. Ataf al Atrach : 21 39 16 - Ils m'ont dit : c'est inutile de nier parce qu'on va te montrer des preuves et des enregistrements de tes amis par email. Alors ça m'a paru bizarre. Je leur ai dit : comment vous avez réussi à avoir des enregistrements aussi précis. Ils m'ont répondu : on a passé une alliance avec le diable et les fantômes pour avoir tout ça... 22 10 03 Habib : Bien sur, ce niveau de précision, ça ne pouvait venir que de l'étranger et ça on l'a appris plus tard. 22 23 17 Samtmann : Tout le monde s'inscrit dans une démarche commerciale d'ouverture, dans un cadre très diplomatique, légale vers la libye, qui était passée, par du jour au lendemain -car il y a eu un process long- comme fréquentable? 22 45 20 Comment la Libye a - t - elle été transformée en pays fréquentable et par qui ?... Quel rôle a joué le gouvernement français ? La réhabilitation de Kadhafi semblait bien improbable au moment de l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la république, en 2007. 23 06 15 NS : Je veux être le président d'une France qui défend la liberté. La liberté chez elle mais la liberté dans le monde. Parce que c'est la vocation de la France, de défendre la liberté. Je veux être le président de la France des droits de l'Homme. Je ne crois pas à la « real politik », qui fait renoncer à ces valeurs sans gagner des contrats. 23 28 10 Comment les dirigeants français sont ils passés en cinq ans de Kadhafi le pestiféré à Kadhafi, l'ami de la France ?... 23 40 00 Un homme de l'ombre va être l'artisan de ce rapprochement. Un franco libanais richissime qui habite un hôtel particulier au c?ur du Paris luxueux. ZT est un spécialiste des réseaux. Il a un grand talent pour cultiver les amitiés avec les gens qui comptent. 23 59 00 Les amitiés sincères, cela va de soi. Dans sa splendide villa de la cote d'Azur ou sur son joli yacht, il invite des figures du gouvernement. Brice Hortefeux, conseiller du ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy. JF Copé, ministre du Budget. Ces photos et d'autres documents révélés par le site Media part ont surgi dans le cadre d'une enquête judiciaire sur un marché d'armes juteux où ZT était intermédiaire. 24 27 20 Mais de grâce, ne le qualifiez pas de trafiquant d'armes. 24 24 18 ZT : Ne m'appelez pas un marchand d'armes, ce n'est pas moi qui fabrique les armes. Appelez-vous, la France, marchand d'armes. La France est le marchand d'armes. Qui n'arrive pas à vendre son produit. Qui a besoin d'aider. Aider par quelqu'un qui comprend, un tout petit peu, la manière que vous ne comprenez pas en tant que marchand d'armes. Comment faire, où essayer, de pouvoir le convaincre, que votre marchandise est plus belle que les autres, dans d'autres pays. 25 07 10 ZT nie avoir reçu de l'argent pour la vente de matériel de surveillance à la Libye. Pourtant, dans une procédure judiciaire, ont surgi les preuves de multiples versements de Amesys sur ses trois sociétés domiciliés dans des paradis fiscaux. L'addition s'élève à 4 millions d'euros. Bancs titres sur les sommes des factures. 25 28 23 ZT : Tout ce que j'ai fait, j'en suis fier d'ailleurs, c'est que quand il y avait quelqu'un en France qui avait besoin de quoi que ce soit, pour aider dans sa démarche Libyenne, je le faisais volontiers, de tout c?ur. 25 44 11 - PM Mais vous, vous connaissez la critique qui est faite à ces sociétés. C'est à dire qu'on s'est servi de ce matériel pour écouter des gens de l'opposition? 25 51 18 ZT - Laissez tomber, l'objectif de la vente de ce matériel était un objectif sain, SAIN ! 26 03 15 Mais cette bonne affaire commerciale n'est possible qu'après un rapprochement politique entre la France et la Libye. Et là aussi, ZT semble jouer un rôle de premier plan. 26 15 00 Une véritable opération de diplomatie parallèle qui passe exclusivement par le ministère de l'intérieur. C'est Claude Guéant, le chef de cabinet de Nicolas Sarkozy, ministre de l'époque, qui se rendra à Tripoli en 2005 pour prendre langue avec le colonel. 26 33 03 ZT : J'ai contribué à la création de cette page de relations très sérieuse pour pouvoir aider les deux pays. 26 43 09 ZT affirme avoir organisé les moindres détails des voyages de Claude Guéant en Libye. Dans une note envoyée depuis l'ordinateur personnel de Takiedine au ministère de l'intérieur, ces préparatifs sont qualifiés de « secret défense ». 26 59 14 La visite a un « objectif commercial ». Mais Takedinne conseille de rester subtil. «  Il est indispensable que le volet 'commercial' de la visite ne soit pas mis en avant par les préparatifs officiels. Seulement comme un point important dans le cadre des 'échanges' entre les deux pays dans le domaine de la lutte contre le terrorisme. » 27 20 13 C'est donc officiellement pour aider la Libye à lutter contre le terrorisme qu'Amesys installe un centre d'interception internet à Tripoli. 27 30 19 L'ironie, c'est que ce centre d'espionnage qualité France va être remis à? un terroriste : Abdallah Senoussi. Une vieille connaissance de la justice française. 27 43 20 PM: Vous avez croisé des hauts responsables? 27 47 18 A : Oui. Monsieur Abdallah, on le croisait souvent. 27 50 11 PM: Abdallah c'est Senoussi? 27 51 23 A: oui tout à fait. On le croisait régulièrement. C'est lui qui venait taper du poing sur la table quand il était pas content des (livrable??) ce genre de choses. Il s'impliquait très personnellement dans le projet oui. 28 03 00 PM: C'était le client en quelque sorte? 28 04 04 A : oui c'était le client. Oui c'était lui le client, clairement. 28 08 15 Abdallah Senoussi est toujours dans l'ombre de Kadhafi. C'est son homme des basses ?uvres. En 1989, Senoussi met une bombe dans un DC10 d'UTA qui explose au dessus du Niger. 170 morts dont 54 français. 28 30 10 En France, la justice a condamné Senoussi à la réclusion criminelle à perpétuité. En Libye, en revanche, c'est le premier policier du pays et il donne des ordres à des techniciens français accrédités par le ministère de la défense. 28 47 24 PM : Votre client, c'était Abdallah Senoussi. Celui qui vous disait « je veux que vous m'installiez ça et ça » c'était un monsieur qui s'appellait Abdallah Senoussi. Abdallah Senoussi est condamné à perpétuité par la justice française pour avoir fait explosé un avion et tué plusieurs dizaines de citoyens français. Vous ne le savez pas, vous l'ignorez ou ça ne vous intéresse pas... ? 29 10 04 Santmann : Je me rappelle effectivement de l'explosion de l'avion, bon j'ai pas tout l'historique... Moi et la politique ça fait d... 29 17 07 PM : Non non attendez, là c'est votre client. Vous l'ignoriez que c'était Abdallah Senoussi celui qui donnait des instructions ? 29 22 19 Santmann : Personnellement oui. 29 25 24 PM : Je vous l'apprends alors ? 29 26 20 Santmann : Oui. Tout à fait. 29 31 10 Voilà donc l'un des hommes les plus dangereux du pays doté d'un outil sophistiqué pour écouter la dissidence. 29 39 21 De tout cela, Claude Guéant se défend d'avoir été au courant. Devant le parlement, il s'explique à deux reprises. Il est notamment interrogé par les parlementaires d'opposition sur Abdallah Senoussi. 29 53 08 - Député : Quelles ont été précisément vos relations avec l'ancien régime lybien, et notamment avec Abdallah Senoussi, monsieur le ministre, étiez vous au courant de la réalité de ces transactions, ce qui serait grave... 30 03 10 Accoyer : Merci, merci, la parole est à monsieur le ministre de l'Intérieur. 30 07 24 Guéant : Eh bien je dis très clairement, en prenant mes responsabilités monsieur Paul, que jamais le ministère de l'Intérieur ni son entourage ne se sont occupés d'une telle transaction. 30 19 07 Nous avons demandé à plusieurs reprises à recueillir le point de vue de Claude Guéant mais c'est une affaire sur laquelle il ne souhaite pas s'exprimer. 30 27 16 ZT affirme avoir été en contact avec lui pendant toute l'opération libyenne. 30 33 06 A ce titre, il aurait pu recueillir ses éventuels états d'âme. 30 37 00 PM: Vous qui avez été au côté de Claude Guéant dans chacune des visites Libyennes, comme vous l'avez rappelé à maintes reprises. Est-ce que il n'y pas eu un moment où un doute à traversé son esprit, est-ce qu'il ne s'est pas demandé, est-ce que ce genre de technologie que l'on va vendre aux Libyens, technologies de surveillance, est-ce que ça risque pas de se retourner contre les forces démocratiques, 31 04 05 ZT : Tout le monde l'a fait. Donc je trouve que c'est vraiment un procès de mal, mal, de dire sur Claude Guéant n'importe quoi, dans ce style parce qu'il la fait dans l'intérêt de son pays. Moi je suis dans cette affaire là, dans cette optique là un fervent supporter de Claude Guéant. 31 08 23 Devant les parlementaires, Claude Guéant va minimiser ses contacts avec l'intermédiaire Ziad Takedinne.  31 37 10 - Député : Alors monsieur le ministre, êtes vous prêt à nous expliquer pourquoi ZT s'est-il imposé comme votre intermédiaire dans vos échanges avec la Lybie alors que sa responsabilité était possiblement pointée dans d'autres dossiers. 31 51 20 Guéant : Monsieur Takkiedine, je l'ai eu parfois au téléphone, je ne permets pas qu'on dise que je mens ; je sais la vérité ! 31 58 21 Accoyer : Je vous en prie ! Chacun a me droit de s'exprimer. (à l'attention des députés de l'opposition) 31 59 14 Guéant : Je l'ai eu au téléphone, quelques fois, et effectivement il me donnait des éléments d'ambiance sur ce qui se passait à Tripoli, mais les négociations ont eu lieu directement avec le colonel Kadhafi. Il n'y a eu dans cette affaire aucune négociation, aucun contact, sur des marchés quelconques. 32 09 20 Il y a eu... Non mais il ne suffit pas que n'importe qui écrive n'importe quoi sur n'importe quel organe de presse pour que cela soit plus fiable que la parole d'un ministre de la République. Et je répète qu'il n'y a aucune négociation, et aucune tractation commerciale avec la personne dont vous avez cité le nom. 32 34 16 Deux mois après avoir été élu, le tout nouveau président Sarkozy se rend à Tripoli pour visiter le colonel Kadhafi. La veille, en gage de sa bonne volonté, Kadhafi a libéré des infirmières bulgares détenues à tort dans les prisons libyennes. Un chapitre nouveau va s'écrire. Et tout commence devant les caméras, avec la signature d'un accord de coopération entre la France et la Libye. 33 01 22 Il y est évoqué entre autres des partenariats dans le domaine de la sécurité et des communications. C'est là que se glisse Amesys. 33 14 16 ZT : Qu'il y ait une technologie française, qui réponde à ces besoins, qui s'appelle par exemple comme vous dîtes « interception, les appels, etc », ça rentrait dans le cadre de cette coopération. Qui dit coopération, dit coopération à tous les niveaux. Faut voir où se trouvent les criminels. Faut voir comment ils viennent. Il faut écouter les téléphones. Qu'on ait réussi à le vendre à la Lybie, c'est formidable. 33 42 03 En décembre, quatre mois plus tard, le leader libyen est reçu à son tour à Paris. Il plante sa tente sur les pelouses de la république. 33 53 04 Kadhafi laisse entendre qu'il va prendre pour dix milliards de contrats à la France. Une aubaine pour l'économie française. Kadhafi assure notamment qu'il va acheter des avions Rafale, cet engin hors de prix que la France n'arrive pas à vendre. 34 08 02 Dans l'opposition, des mauvais esprits font remarquer que le président Sarkozy renie ses engagements, qu'il oublie les droits de l'homme au profit de contrats commerciaux? 34 17 15 - NS : C'est bien beau les leçons des droits de l'Homme, les postures entre le café Flore et le Zénith. J'ai dit au président Kadhafi combien il fallait continuer à progresser sur le chemin des droits de l'Homme. 34 31 07 - Kadhafi : Tout d'abord nous n'avons pas évoqué moi et le président Sarkozy ces sujets. Nous sommes amis et proches collaborateurs. 34 41 00 - Pujadas : Ca n'a pas été évoqué ? 34 46 16 - Kadhafi : Pas du tout, absolument pas. Nous avons évoqué les questions de coopérations entre les deux pays. Nous avons évoqué ces contrats dans différents domaines et dans l'intérêt des deux pays. 34 59 02 Et K ne tient parole sur rien. Il n'aura pas acheté les avions Rafale. Juste quelques missiles anti-chars, ça peut toujours servir, et surtout, surtout, pour 26 millions d'euros un merveilleux système de guerre électronique. 35 16 17 PM: Et du matériel de surveillance des communications vous croyez que c'est le meilleur outil pour aider un pays à devenir une démocratie? 35 22 06 ZT: Non, c'est un meilleur moyen d'aider le pays à pouvoir lui démontrer qu'on est prêt à l'aider, à condition que il puisse démarche démocratique saine dans son pays. Il l'a fait ou il l'a pas fait. C'est après dans le bilan qu'on va voir. Et quand il l'a pas fait il est puni. 35 48 22 Grâce notamment aux bombes françaises, la Libye est débarrassée de Kadhafi. Pour de nombreux libyens, Sarkozy devient un héros. 35 59 18 - NS : Vive l'amitié entre la France et la Lybie ! 36 07 00 Seuls quelques militants de la démocratie gardent une autre image de la France. 36 15 14 El habib Al amin : Pourquoi ces entreprises lui vendent ces machines ? Des entreprises qui ne viennent pas d'un pays fasciste, d'une dictature, mais d'un état de droit, d'une démocratie, le pays de la révolution française, voltaire, rousseau? Et contre qui ? Contre des combattants de la liberté. Des gens qui se battaient pour la démocratie. 36 54 05 PM : Cette photo de vous, c'était y'a un an ? JAK : Oui. 37 00 10 PM : Et vous avez beaucoup changé physiquement... JAK : Mes cheveux sont devenus poivre et sel. Avant ça ils étaient noirs. 37 13 23 PM : Vous êtes jeune... JAK : Oui, je n'ai que 33 ans. 37 19 00 PM : C'est la prison qui vous a blanchi les cheveux ? JAK : Oui. Chaque mois compte pour 10 ans. 37 28 23 BS : C'est déplorable. C'est effectivement déplorable. J'en suis effectivement personnellement désolé. C'est clair. Qui ne le serait pas ? Remettez vous encore une fois, y'a une contexte économique, y'a un contexte politique à un moment donné... 37 47 03 PM : C'est un peu un pacte avec le diable ? 37 49 19 BS : C'est pas moi qui passe le pacte? 37 53 13 PM : Vous lui vendez juste une fourche ou deux? 37 58 20 BS : Une fourche ou deux... Je sais pas quand effectivement on arrive à traquer ou que j'empêche de faire sauter une bombe sur un convoi, j'en suis effectivement très fier. SYRIE 38 21 00 Les dissidents dans les dictatures vont devoir apprendre à survivre dans ce nouvel environnement. 38 27 13 Espionnés, géolocalisés, quadrillés, ils doivent zigzaguer entre les mailles du filet numérique. Question de vie ou de mort. 38 37 03 En Syrie, la révolution n'est pas terminée. Chaque jour, les insurgés utilisent les canaux numériques pour envoyer au monde des images de la répression. 38 48 10 Pour le pouvoir, les cyber activistes sont des cibles. L'armée syrienne bombarde systématiquement les centres de transmission par internet. Plus d'une centaine de cyber journalistes syriens ont déjà été tués. 39 06 08 Si le flot d'images et de mots s'assèche, des milliers d'hommes et de femmes vont mourir. 39 18 00 Un soir d'hiver, nous passons la frontière clandestinement entre la Turquie et la Syrie. 39 27 15 Nous suivons un groupe d'insurgés. Nous voulons savoir comment ils combattent avec les nouvelles armes numériques. 39 35 00 Premier indice, dans ce grand sac en plastique, ils transportent des téléphones satellites? Impossibles à obtenir en Syrie. 39 55 09 Derrière ces barbelés, commence la Syrie. Ici, s'ils nous voient, les militaires ouvriront le feu. 40 06 15 Nous sommes recueillis dans une planque par un groupe de résistants, tous déserteurs de l'armée régulière. Ils sont une dizaine à vivre ici cachés à quelques centaines de mètres des positions de l'armée régulière avec des dispositifs de sécurité sommaires. 40 31 21 Ali : On a calfeutré les fenêtres pour que les soldats du gouvernement ne voient pas la lumière de l'extérieur. S'ils découvrent que la maison est habitée, ils enverront les tanks. 40 47 08 Ali est le seul d'entre eux dont nous pourrons filmer le visage. Il est identifié depuis longtemps et n'a plus rien à perdre. Sa seule inquiétude : que l'armée vienne à localiser notre cachette. Son premier geste est d'examiner nos téléphones. Il semble avoir acquis des rudiments dans la guerre électronique. 41 09 00 Ali : Ils ont des machines capables de traquer ton téléphone, à cause de ce code. Si tu mets ta carte sim dedans, ils peuvent nous repérer et nous bombarder. 41 31 00 Notre cache se trouve en plein milieu des oliviers. Au premier matin, nous sortons avec les plus grandes précautions. 41 50 08 Dans la voiture, Ali découvre les précieux téléphones satellites venus de Turquie. Ils sont encore plus indispensables que des kalachnikovs. 42 03 19 Ali change sans cesse les cartes sim dans ses téléphones. Ainsi, il ne garde jamais un même numéro très longtemps. 42 13 18 La région est quadrillée par l'armée régulière. A chaque entrée de village, des tanks pointent leurs canons sur la rue principale. 42 31 00 Sur certains toits, des snipers sont en position, prêts à ouvrir le feu. Des check-points contrôlent les entrées des villes. Des check-points que nous passons la peur au ventre. 42 57 22 Tout le matériel satellite et électronique est systématiquement détruit par l'armée lorsqu'il est découvert. Ali nous emmène dans la maison d'un blogueur mise à sac par les milices du gouvernement. 43 17 22 Ali : Regardez, l'armée a cassé ou emporté tout le matériel informatique/ Ces ordinateurs appartenaient au blogueur. 43 31 16 PM : Il cherchaient des choses en rapport avec internet. 43 47 20 Ali va nous emmener au c?ur d'une cellule internet de la résistance. Le mouvement en compte des dizaines dans tout le pays. Dans ce coin de la Syrie, le gouvernement a totalement coupé internet. 44 02 07 PM : Vous avez internet ? 44 03 20 Oui, sur le Thuraya. (sous-titré) 44 08 16 Ah oui, vous avez internet sur Thuraya? 44 12 03 Les thurayas sont des téléphones satellites qui peuvent transmettre des données internet sans passer par le réseau du gouvernement syrien. Seul problème : le temps d'antenne est très cher. 44 19 12 PM : Dans cette région y'a zéro internet ? 44 23 08 Zéro internet. (sous-titré) 44 25 15 Complètement coupé? 44 28 20 Oui parce que le gvt veut pas de nous transmis les photos ou vidéos ou citations à la monde. Pour transmettre vidéo, je travaille sur un logiciel de montage et après on met les vidéos sur you tube, twitter ou facebook. 44 50 17 Communiquer sur internet demande beaucoup d'ingéniosité et d'optimisme. Alors que nous filmons, l'électricité est soudain coupée. 44 59 11 branchez le générateur? (sous-titré) 45 03 15 PM : Générateur ? 45 06 06 Oui, l'électricité est produite par générateur? mais dans le reste du village, elle est coupée. C'est quelque chose qu'on subit tout le temps. 45 25 00 Les activistes avec suffisamment de connaissances techniques pour mettre en ligne des images malgré les obstacles ne sont pas si nombreux. Ils doivent à la fois couvrir chaque événement. Et se protéger. 45 36 00 Ce soir nous allons à Edlib, une grande ville du nord de la Syrie. Juchés sur des motos, nous évitons les ck points de l'armée syrienne pour pouvoir rentrer dans la ville. 45 49 20 Un homme a eu moins de chance que nous. Il vient d'être abattu à un barrage de l'armée. 45 55 15 On a transporté son corps à l'hôpital et déjà des hommes avec des caméras ou des téléphones portables se précipitent. 46 06 15 Chaque exaction est documentée. Filmée. 46 09 23 Syrien hopital : Il s'appelle Akram Sawa Ibn Abou, il a été tué près d'un pont. 46 27 00 Le corps du martyr fait le tour de la ville. Une manifestation spontanée se forme. live 46 39 07 chant : « Les larmes vont couler sur les martyrs de Syrie. » (sous-titré) 46 45 00 Dans chaque manifestation, les combattants internet sont là. Ils tentent de transmettre des images en direct. Ils savent qu'ils sont des cibles privilégiées pour le régime. 46 58 14 Aujourd'hui, les hackers de la révolution ont du mal à trouver un réseau opérationnel. 47 06 20 Cyberactivitste : ça marche pas? PAUL EN ANGLAIS : le réseau marche pas? 47 25 17 L'homme qui prend des photos sur internet, il prend plus de risques que celui qui tient un flingue. 47 41 21 Cette nuit, les cyber résistants de Edlib vont à la rencontre d'un groupe de militaires syriens qui viennent de déserter parce qu'ils refusent de continuer à tirer sur la population civile. Quelque part dans un village, nous les retrouvons. 48 00 00 Il est fondamental pour les déserteurs que leur geste soit rendu public sur internet. Qu'il ait valeur d'exemple et qu'il encourage les autres soldats à rompre les rangs eux aussi. 48 12 10 Avec un simple téléphone, leur déclaration est filmée. Elle sera diffusée sur You Tube dans les heures qui suivent. 48 27 23 Soldat déserteur : C'est des terroristes. Je ne pouvais plus être complice de ces atrocités. 48 40 00 Malgré le danger, les activistes internet tentent de rester branchés sur le monde extérieur. Ils savent que c'est leur seul salut. 48 48 04 PAUL EN ANGLAIS : Vous connaissez des gens qui ont été arrêtés suite à leurs activités sur Internet ? 48 56 15 Hacker syrien 1 : Tous mes amis, tout le monde... Un ami a perdu trois dents pour avoir surfé sur Internet. 49 05 06 Hacker syrien 2 : Ça leur fait très peur qu'on communique avec le monde extérieur. Internet est notre seul lien... Ils vous punissent sévèrement s'ils vous attrapent. Ils s'en prennent à votre famille. 49 18 23 Hacker syrien 1 : Ils essayent de tout surveiller. 49 21 05 PAUL EN ANGLAIS : Comment ? 49 22 15 Hacker syrien 3 : Vous avez entendu parler des machines blue coat (qu'ils ont importées d'Irak ?) 49 28 21 PAUL : Comment avez-vous entendu parler de ces machines ? 49 33 08 Hacker syrien 3 : C'est le groupe des anonymous, les hackers de la liberté... Ils sont entrés dans les ordinateurs du gouvernement syrien et ont rendu public des milliers de connexions qui montraient que toute notre activité en ligne était surveillée. 49 54 02 Qui peut bien pénétrer à distance dans les ordinateurs centraux d'une dictature ?... 49 59 23 Il faut sans doute des moyens énormes pour accomplir un tel exploit? 50 05 10 En fait, pas tant que ça? 50 10 00 Il se trouve que nous connaissons les deux responsables de l'effraction. L'un d'entre eux : Kheops, nous avait servi de guide dans le salon des vendeurs d'armes numériques. 50 19 02 Ce coup de maitre, ils l'ont réalisé avec leur ordinateur personnel, la nuit, chez eux. Leurs armes majeures : la patience et le café. 50 38 24 - Et il y a ce qu'on appelle nous, on a des atlas, des annuaires. En fait un peu une carte d'internet, on peut faire « bon bah voilà, quelles sont les adresses IP qui correspondent à la Syrie? » On voit qu'il y en a 200 000, donc on a juste 200 000 machines à analyser. 50 48 15 PM: vous avez un annuaire des ordinateurs syriens, et vous ouvrez la porte à chaque fois pour voir qui il y derrière 50 55 16 H2: les ordinateurs sont des choses extrêmement polies on fait « bonjour, qui es-tu? » et il nous répond. Parce que sinon il n'y aurait pas d'internet, on ne pourrait pas communiquer. Bon après on manque de sommeil. 51 11 00 H1: cet été ça a été en ce qui me concerne quelques nuits blanches à la suite. 51 17 10 Que découvrent-ils à l'intérieur du système ? Toute la population syrienne est surveillée. C'est là écrit en rouge. Observed. Quel que soit le site sur lequel vous vous rendez, un logiciel vous espionne. Et, coup de chance, le nom de la machine de flicage se trouve dans les lignes de code qui défilent sous leurs yeux. 51 40 10 Hacker 1: Et voilà en dessous c'est écrit en toute lettre Blue Coat SG 9000 Series, voilà. 51 45 18 La voilà, la machine qui espionne les internautes syriens. Bien anodine. Une tête de gros disque dur. Ne vous y fiez pas. Cette boite en fer peut vous envoyer en prison. 51 57 10 Elle est fabriquée dans la riante Silicon Valley, en Californie. 52 01 20 PM : Cette machine servait à bloquer certains sites, est ce qu'elle servait aussi éventuellement à identifier les gens qui les utilisaient ? 52 10 10 - Oui, effectivement. Une fois que t'as vu dans les logs quelle adresse IP a accédé à tel site, tu peux retrouver la personne. Donc ça aide, oui ça aide très bien à retrouver des gens. 52 23 06 Et qu'est ce qu'ils cherchaient à surveiller ? Des sites de l'opposition, comme « syrian change ». Ou encore des réseaux sociaux où on peut poster des images. 52 34 24 Les deux hackers décident alors d'alerter tous les internautes syriens de leur découverte. 52 39 15 Pour cela, ils vont détourner tout le trafic internet du pays vers un site qu'ils ont créé. A chaque fois qu'un syrien se connecte, la première page qui s'ouvre lui apprend qu'il est fliqué. Synthé : Internet est surveillé 52 52 21 Kheops : donc votre activité sur internet est surveillée, un petit message et la page vient de disparaître, au bout d'une minute, deuxième page avec toutes les explications avec liens vers le logiciel. Tous les détails un peu plus technique etc. 53 13 00 Quand les syriens se connectent sur internet, ils arrivent là dessus. 53 16 00 PM : Vous avez détourné le flot d'internet ? 53 19 05 C'est une sorte de déviation. 53 23 20 Les autorités américaines ont ouvert une procédure judiciaire contre Blue Coat. 53 29 00 Le gouvernement américain a décrété un embargo contre la dictature syrienne. 53 33 23 Lui livrer un tel matériel est rigoureusement interdit. 53 38 00 La direction de Blue Coat se défend en disant qu'elle a vendu ses machines à un intermédiaire de Dubai sans savoir que celui ci les vendrait aux syriens. Images Milipol 53 51 14 Les sociétés du flicage numérique maintiennent une opacité totale sur les pays à qui elles fournissent leur matériel. 53 58 24 Sans l'intrusion des hackers, personne n'aurait jamais su que les machines Blue Coat étaient aux mains de la police politique syrienne. Sans la chute de Tripoli, personne n'aurait entendu parler du matériel espion d'Amesys. 54 13 15 Au regard du droit international, les dispositifs d'interception ne sont pas officiellement considérés comme des armes. On peut donc les vendre à n'importe qui, sans autorisation. Pour peu qu'on reste discret. 54 27 10 Voire invisible. 54 36 20 Fin 2011, à Londres, un collectif de journalistes et de hackers allait pour la première fois révéler l'étendue de cette nouvelle industrie planétaire constituée de centaines de sociétés inconnues du grand public. Des conclusions présentées par le plus célèbre des hackers. Julian Assange 55 03 08 : Qui ici a un iphone ?... Qui a un black berry ?... Qui utilise Gmail ? Eh bien vous êtes tous foutus. Jakob Aplebaum, Wikileaks 55 20 05 : Posez vous la question. Est ce que je possède un téléphone portable ou plutôt un mouchard électronique avec lequel je peut aussi passer des coups de fil ?... 55 36 20 Pour les hackers, la prophétie de Georges Orwell, 1984, se réalise aujourd'hui. Il n'y a plus aucun angle mort pour échapper aux yeux et aux oreilles de Big Brother. Julian Assange : 55 49 03 : Les industries des surveillance ne sont pas détachées des gouvernements. On ne doit jamais croire ça. Les grosses boites, comme Siemens ou Amesys, ils sont les fournisseurs des services secrets. Amesys, les services français et Siemens, les allemands. Ils sont comme ça? 56 15 20 Un journaliste du site internet français OWNI vient présenter les résultats d'une enquête qui lui aura fait faire le tour du monde sans bouger de son ordinateur. Jean Marc Manach : 56 27 04 : Le système Amesys a été utilisé pour espionner non seulement les libyens qui vivaient en Libye mais aussi ceux qui vivaient à Londres, en Angleterre et aux etats unis, et pour espionner un avocat anglais et deux personnes financées par le congrès américain. 56 48 00 L'interception numérique est importante pour identifier les criminels, les terroristes et les pédophiles. Tout le monde est d'accord là dessus. Mais ce jour là est présenté un document confidentiel d'une entreprise allemande. Sans hypocrisie, il est écrit noir sur blanc que cette technologie est aussi utile pour surveiller les opposants politiques. Respiration 57 23 05 Le Bahrain est une ile du Golfe Persique dont personne ne parle jamais. Les journalistes sont interdits. Les manifestations sont écrasées. Et une firme allemande a équipé le pouvoir avec un excellent matériel de surveillance numérique. 57 46 00 Grâce à ce matériel, Al Khansar, un professeur d'anglais, leader du mouvement démocratique, a été attrapé et torturé pendant un mois. 58 05 00 Il a réussi à sortir des geoles mais depuis il a été condamné en son absence à 15 ans de prison. 58 14 00 Il se cache quelque part au Bahrain. Il a accepté de nous donner une interview clandestine, via Skype. Synthé : Abdul Ghani Al Khanjar, Comité National des Victimes de Torture 58 23 22 PAUL EN ANGLAIS : s'ils vous attrapent vous irez en prison pendant 15 ans ? 58 33 00 J'espère que ce sera seulement la prison. J'ai peur de la torture. Je m'en fiche de la prison, ce qui m'inquiète c'est la torture. 58 43 00 PAUL : est ce que vous utilisez encore un téléphone portable ou c'est trop dangereux ? 58 46 12 Non. Ça fait un an que j'ai pas touché à mon portable. Je ne peux pas parler librement. Même maintenant, je vous parle mais j'ai peur. Je peux pas parler en paix. A chaque fois que je contacte quelqu'un, par Skype ou internet, ce jour là, je ne peux dormir jusqu'au matin. Parce que à chaque fois, je regarde par la fenêtre. Et je me demande s'ils vont venir me chercher ou pas. L'expérience de la torture est inoubliable. 59 24 06 Et même s'il y a des cris sans raison dehors, je me lève et je vais à la fenêtre, vous savez ce qui m'est arrivé. Il faut qu'ils arrête de fournir ces machines à travers le monde.